Soignants face à la mort : un diplôme universitaire pour briser le silence
La mort est présente dans chaque service de soins, mais elle reste rarement travaillée en formation. En France, environ 60 % des décès surviennent à l’hôpital, et près de 80 % en dehors des unités spécialisées de soins palliatifs. Face à ce constat, l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) propose pour 2026-2027 un Diplôme Universitaire unique : « Les soignants et la mort — enjeux individuels, organisationnels et de santé publique ». Ce DU s’adresse à tous les professionnels de santé, notamment ceux accompagnant des patients atteints de maladies chroniques comme l’insuffisance cardiaque.
La mort au quotidien des soignants : un angle mort de la formation
Tout soignant connaît cette réalité : la mort s’invite dans les services sans prévenir, entre deux consultations ou au détour d’une garde. Elle touche le médecin qui suit depuis des années un patient insuffisant cardiaque au stade avancé, l’infirmière qui a tenu la main d’un patient en fin de vie, le cardiologue qui doit annoncer qu’aucun traitement supplémentaire n’est possible. Pourtant, cette réalité omniprésente reste étonnamment absente des cursus de formation initiale et continue.
Les chiffres sont là pour le confirmer : en France, 60 % des décès surviennent à l’hôpital, et environ 80 % ont lieu en dehors des unités de soins palliatifs spécialisées. Cela signifie que la grande majorité des soignants, médecins généralistes, cardiologues, infirmiers de service, paramédicaux, se retrouvent régulièrement confrontés à la mort de leurs patients sans avoir reçu de formation spécifique pour y faire face.
Ce manque a un coût humain réel : épuisement émotionnel, sentiment d’isolement, difficultés à travailler en équipe sur ces situations, et parfois une transmission inconsciente de ces non-dits aux patients et à leurs familles. Dans le champ de l’insuffisance cardiaque, maladie chronique grave dont l’évolution peut être imprévisible, ces enjeux sont particulièrement présents.
Un DU conçu pour tous les soignants, pas seulement pour les équipes palliatives
Le Diplôme Universitaire « Les soignants et la mort » de l’UPEC répond précisément à cet angle mort. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, il ne s’agit pas d’une formation classique en soins palliatifs. Son objectif est plus large et, à bien des égards, plus innovant : aider l’ensemble des professionnels de santé à intégrer la question de la mort dans leurs pratiques quotidiennes.
La formation s’adresse aux médecins, infirmiers, paramédicaux, psychologues, cadres de santé et professionnels hospitaliers ou libéraux impliqués dans le suivi de patients atteints de maladies chroniques. Elle est coordonnée par une équipe pluridisciplinaire de rang universitaire, dont le Pr Thibaud Damy, le Dr Rebecca Dickasson, le Pr Erwan Flecher, le Pr Cédric Frétigné, le Dr Sophie Provenchère et le Dr Frédéric Pochard.
Que permet concrètement ce diplôme ?
Le DU poursuit quatre objectifs opérationnels, pensés pour une application directe dans les pratiques professionnelles :
- Mettre des mots et des outils sur les situations vécues face à la mort, pour passer d’une gestion individuelle souvent silencieuse à une réflexion collective au sein des équipes.
- Mieux accompagner les patients atteints de maladies chroniques et leurs proches dans les étapes difficiles de la maladie, notamment autour de l’annonce et de l’orientation vers les soins palliatifs.
- Renforcer la coordination entre soins de ville, services hospitaliers et structures palliatives, un enjeu majeur dans le parcours des patients insuffisants cardiaques au stade avancé.
- Former des référents territoriaux capables de faire évoluer les pratiques au sein des services, des institutions et de la médecine de ville.
Sur le plan pédagogique, la formation combine apports théoriques, ateliers interactifs, analyses de situations cliniques réelles, travail sur l’engagement personnel et réflexion sur les enjeux organisationnels et de santé publique. Le choix du présentiel est délibéré : ces questions exigent un espace de parole sécurisé, des échanges approfondis et un travail en petits groupes que le distanciel ne permet pas de reproduire.
Modalités pratiques : programme 2026-2027
La formation 2026-2027 se déroule en trois sessions de deux jours en présentiel à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) :
- Session 1 : 27 et 28 novembre 2026
- Session 2 : 4 et 5 février 2027
- Session 3 : 25 et 26 mars 2027
- Soutenance de mémoire : 7 octobre 2027
Les candidatures sont ouvertes jusqu’à fin septembre 2026. Le dossier comprend un CV et une lettre de motivation exposant le projet professionnel et l’intérêt pour la formation. Il est à adresser à cindy.martins-pontes@u-pec.fr et thibaud.damy@aphp.fr.
Le programme complet et les modalités universitaires sont disponibles sur la page de l’UPEC : sante.u-pec.fr/pole-formation-continue/fc-medicale/certificats-du-et-diu/
Date limite de candidature : fin septembre 2026
- En France, 80 % des décès surviennent hors unités spécialisées de soins palliatifs : la mort est une réalité quotidienne pour tous les soignants.
- Ce DU n’est pas une formation en soins palliatifs : il s’adresse à l’ensemble des professionnels de santé accompagnant des maladies chroniques.
- Objectif : transformer une gestion individuelle silencieuse en réflexion collective, au bénéfice des équipes, des patients et de leurs familles.
- Formation en présentiel à l’UPEC — 3 sessions de 2 jours (nov. 2026, fév. 2027, mars 2027) + soutenance oct. 2027.
- Candidatures ouvertes jusqu’à fin septembre 2026 — dossier : CV + lettre de motivation.
- Coordonné par une équipe universitaire pluridisciplinaire incluant cardiologues, réanimateurs et experts en soins palliatifs.
FAQ — Questions fréquentes
Ce DU est-il réservé aux équipes de soins palliatifs ?
Non. Ce diplôme s’adresse à tous les soignants confrontés à la mort dans leur pratique quotidienne, en particulier ceux qui suivent des patients atteints de maladies chroniques (insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, cancer…). La formation palliative spécialisée existe par ailleurs ; ce DU occupe une niche complémentaire, souvent négligée.
Pourquoi la formation est-elle uniquement en présentiel ?
La question de la mort et de son impact émotionnel sur les soignants ne peut pas être abordée efficacement à distance. Le présentiel permet des échanges approfondis, un travail en petits groupes et un espace de parole sécurisé, indispensables sur ces thématiques. Les sessions ont été regroupées pour minimiser les contraintes logistiques.
Quelle est la différence avec une formation en gestion du stress ou en bien-être au travail ?
Ce DU va plus loin : il intègre une dimension organisationnelle et de santé publique, et vise à former des professionnels capables de faire évoluer les pratiques au sein de leur institution. Il ne se limite pas à une approche individuelle mais engage une réflexion collective sur la place de la mort dans les soins.
Les soignants qui suivent des patients insuffisants cardiaques sont-ils concernés ?
Tout particulièrement. L’insuffisance cardiaque est une maladie chronique grave dont le pronostic est parfois plus sévère que certains cancers. Les équipes y sont régulièrement confrontées à des décisions complexes de fin de vie, à l’annonce de l’aggravation et à la question de l’orientation vers les soins palliatifs. Ce DU leur donne les outils pour mieux vivre et mieux gérer ces situations.
Comment candidater ?
Le dossier de candidature (CV + lettre de motivation exposant le projet professionnel) est à envoyer avant fin septembre 2026 à cindy.martins-pontes@u-pec.fr et thibaud.damy@aphp.fr. Le programme complet est disponible sur le site de l’UPEC.
Et si on changeait vraiment notre façon d'affronter la mort ?
« Et si nous changions vraiment notre façon d’affronter la mort ? » C’est la question posée par les coordinateurs de ce DU. Elle est adressée à tous les soignants, y compris ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’image classique du soignant en soins palliatifs. Dans le champ de l’insuffisance cardiaque, comme dans bien d’autres spécialités, la mort fait partie du métier. Se former pour mieux la traverser, c’est aussi une façon de prendre soin de ses patients, et de soi.